L'eczéma en crise, avec la chaleur indienne de l'été, dans le désert du Rajasthan, allongé sur les banquettes en skaÏ des vieux trains indiens, un délice! Je n'ai pas pu dormir... Une fois n'est pas coutume, j'ai eu envie d'être ailleurs. Je me dis que je suis chanceux d'avoir rencontré Dharmesh et que sa famille m'ait invité à prendre une douche entre mes deux trains, ça aurait pu être pire.
La nuit avançant, la température baisse, mais l'intensité de l'eczéma croît jusqu'à l'heure hépathique (au milieu de la nuit, selon l'horloge biologique de chacun, le corps fait un check-up de son système immunitaire, enfin c'est comme ça que je le comprends). Ce n'est donc qu'après 3h du mat que les choses se calment un peu.
Autant vous dire que le réveil frénétique et sans gène des indiens à 6h du mat, j'ai eu du mal à le tolérer cette fois ci. Je les ai maudits.
Je sais que c'est à partir de ce moment là que j'ai commencé à être beaucoup moins tolérant envers mes frères et soeurs indien(ne)s.
C'est à ce moment là qu'il faut quitter l'Inde !
Cela dit, aurais-je alors autant apprécié l'Iran si j'étais arrivé là-bas avec mon état de fatique et de manque de confiance en moi (et en l'autre) à cause des douleurs permanentes dûes à l'eczéma. L'histoire ne le dira jamais...
Et puis, j'ai eu d'autres moments sympas, par la suite, en Inde.

DSCN5578Bref, j'arrive à Jodhpur en piteux état (physique et mental). Je cherche une pharmacie pour renouveller mes médicaments ayurvédiques, mais comme partout en Inde, rien n'ouvre avant 10h.
Je les hais !
Je leur en veux de m'avoir réveillé. Je leur en veux de me faire marcher dans leur chaleur implacable. Je leur en veux de ne pas m'aider. Je leur en veux de ne pas travailler dès huit heure du matin. Je leur en veux de ne pas m'aider. Je leur en veux d'avoir tout ces rickshaws (tuk-tuk) qui cherchent des clients. Je leur en veux de m'observer tout le temps, de me scruter, de me scanner, de me déshabiller du regard. Je leur en veux de ne pas m'aider. Je leur en veux d'être aussi nombreux.
Je me maudis de ne pas contrôler cette émotion, de leur en vouloir alors qu'ils ne font rien de mal !
Je me rends à la station de bus avec un noeud au ventre à l'idée de passer 4h dans un vieux bus pourri qui sera trop petit pour mes jambes, sans siège confortable, qui ne sera pas climatisé, sans doute même sans rideau pour filtrer les rayons du soleil mordant... mon monde me semble bien triste ce matin...

[Petit apparté]

Je sais que beaucoup d'entre vous ne comprendront pas ce que je raconte. L'eczéma est une maladie inconnue dont personne ne parle dans les médias, classée comme bégnine, bref sans intéret... pour la majorité. Vous ne la voyez pas car nous ne la montrons pas, c'est moche...
Personne n'en connait la cause réelle, bien que tous les marabous du monde prétendent le contraire (médecins allopathiques compris). En 27 ans de pratique de marabous d'origine et de croyance diverses, ils peuvent bien se cacher derrière les diplômes et expériences qu'ils veulent, n'est pas sérieux Qui dit : "Ne vous inquiétez pas monsieur, Moi, je sais comment guérir votre problème".
Il n'y a pas de solution miracle universelle !
On naît avec, ou pas. Ca apparaît un jour ou jamais. Ca disparaît un jour ou pas. Et ça revient, parfois, ou pas. Son origine est différente pour chacun et ça peut changer. Ca a des intensités différentes. On peut ne pas y penser, ou bien en être obsédé quand ça démange trop, que c'est purulent, que ça crée des plaies ouvertes un peu partout, de préférence aux pliures (je vous passe les détails les plus amusants).
Quand on grandit avec, surtout à l'adolescence, ça crée des complexes supplémentaires, surtout dans une société d'apparence comme la nôtre (heureusement pour moi, j'ai toujours dédaigné l'apparence, une forme d'auto protection je suppose). Alors on fait bonne figure, on sourit et on décline des invitations au sport, à la piscine, on ne se met jamais en short, ni torse nu... et moi j'ai eu la chance de ne jamais avoir d'eczéma au visage, ni trop haut dans le cou.

Mais encore une fois, c'est bénin et invisible pour les autres. Je vous souhaite de tout coeur de continuer à en ignorer sa réalité. J'espère que ni vous ni vos enfants n'ayez à faire face à cette maladie.
Si j'écris aujourd'hui, c'est parce que j'aurais beaucoup aimé entendre ou lire la vérité, l'accepter et vivre avec. Au lieu de cela, j'espérais un miracle de la part de docteurs qui prétendent beaucoup mais en réalité ne savent rien de cette maladie. Il faut croire que puisque cette maladie est non mortelle et invisible (donc non médiatique) et que les groupes pharmaceutiques allopathiques, homéopathiques, ayurvédiques (et autres hics) confondus y trouvent leur compte en vendant des crèmes soulageantes, il n'y a aucune urgence à vouloir guérir ces fidèles tiroirs-caisses. Il n'y a donc pas d'étude sérieuse sur cette question...
J'en ai peu parlé, même avec mon entourage proche, la fierté mal placée des hommes, je suppose. Je ne veux ni ennuyer ni dramatiser au quotidien, et surtout pas attirer la pitié (d'autres sont plus à plaindre, malheureusement).
Je ne mentionnais que les pires crises. Elles sont irrégulières. Ça semble donc une maladie discontinue.
C'est la première fois de ma vie que j'en parle comme d'une maladie continue qui influence nos actes, tout le temps. Méconnue et imprévisible, ça reste présent au quotidien même quand ça s'absente. Son soudain silence est douteux, ça pourrait s'exprimer demain...
Si vous avez de l'eczéma, vous n'êtes pas seul. Je n'ai pas LA solution... Elle n'existe pas. Il existe apparemment des remèdes individuels, car j'ai lu que certains en guérissent. Leurs astuces n'ont jamais marché sur moi. Essayez, j'espère quelles marcheront pour vous. Je ne rends pas les armes, je vais essayer un remède dont j'ai entendu parlé il y a longtemps, les boues de la Mer morte, mais je n'ai plus d'illusion... on verra bien!

[Fin du petit apparté]

DSCN5587Bon, il est temps de reprendre le cours de mon voyage.

Heureusement, quand j'arrive à Bhinmal, mon ami Apurva est là, avec son sourire. J'arrive à sourire en retour et je me remémore nos bons moments pour me reconditionner positivement. Bien qu'il soit au courant de mon problème (il m'hébergeait pendant ma cure ayurvédique), je ne veux pas l'ennuyer avec ça.
Je n'aime pas m'enfermer dans des pensées négatives. C'est incroyable comme se forcer à sourire aide à être positif. Ca fonctionne en cercle vertueux. Dès que je me rends compte que je suis dans un état d'esprit négatif (triste, mélancolique, peur...) je me force à sourire, même si je n'en ai pas envie, et les choses s'arrangent.

DSCN5609Nous allons chez sa mère. Elle a une très grande maison, aérée et lumineuse avec un toit-terrasse. A chaque étage, il y a une immense pièce de vie et de passage, vide de sièges. En comparaison, les autres pièces (cuisine, chambres, toilettes, salle de bain, salle de prière...) qui encerclent cette pièce principale sont ridiculement petites. Sa mère habite à l'étage et offre le rez-de-chaussée à une amie. Elles se tiennent compagnie.
Pendant les jours suivants, nous visitons la famille et les amis. Ils veulent tous nous inviter, Apurva, le revenant qui réussit à la ville (Bihnmal est un petit village), et son ami européen.
Nous visitons le temple situé sur la colline qui surplombe le village.
Nous célébrons Raki, la fête des soeurs. La soeur d'Apurva et ses deux cousines nous offrent, à Apurva et moi, un bracelet, une noix de coco. En échange, nous leur accordons la protection (c'est ce que j'ai compris).
DSCN5634Nous sortons une fois du village pour nous balader dans les collines. Il y a un petit cours d'eau dans lequel je me baigne, je fais du toboggan sur des roches recouvertes de mousse. Je me baigne seul car les autres ne savent pas nager.
Apurva est très occupé avec sa famille qu'il n'a pas vue depuis longtemps. Et moi, j'essaye de réparer mon site. Ca me prend un temps fou. Je vous passe les détails techniques. Ça a été très compliqué, d'abord pour sauver les données, puis pour réparer le site. J'ai dû le refaire complètement. Bref, le gars qui a créé ce virus est un con ! J'apprendrai plus tard que ce n'était pas mon site, sous Jooma, qui avait servi de porte d'entrée au virus mais celui de ma mère, sous wordpress, dont je m'occuperai plus tard.

DSCN5735Le train du mercredi 13 août qui me ramène à Jodhpur est très... vivant ! Apurva n'a pas pu venir avec moi. Nous nous retrouverons à Jaipur. Je suis assis en classe générale, entouré de familles, d'amis et d'enfants qui me bombardent de questions. Je n'ai pas eu le temps de penser à sortir mon carnet de voyage pour écrire.
J'arrive à 22h30. Le gars qui s'occupe du dortoir de la gare est aimable comme les portes de l'enfer. Il n'y a pas de lit libre.
Comme je me souviens qu'il n'y avait pas d'hôtel abordable dans la partie où j'ai marché la dernière fois, je pars de l'autre côté. Bingo, je trouve un tout petit hôtel qui accepte de m'accueillir. J'ai dû insister car il n'avait plus de formulaires d'enregistrement d'étrangers (voulez-vous que j'aille demander à la police si je peux dormir ici ou dehors ?). La nuit à 100 rupies.
DSCN5705Je me rends d'abord à l'université d'Ayurveda pour rencontrer un docteur qu'Apurva m'a recommandé. Ce docteur approuve la méthode de la cure et la plupart des médicaments, il m'invite à en changer deux seulement. Comme c'est gratuit car c'est un hôpital public et qu'il est de grande renommée, j'accepte.
Je visite la vieille ville en attendant mon CSer. Ce sera l'expérience CS la moins intéressante de mon voyage. Il m'emmène dans sa maison de vacances, me propose de rester là, autant que je veux, mais seul. La piscine sera remplie dans quelques jours et je peux utiliser la cuisine et la maison comme je l'entends. Lui en revanche ne sera pas là, il rentre chez ses parents. Cette maison est loin de tout. Je dois faire de l'autostop pour me rendre en ville. Je ne le revois que le dernier jour pour qu'il me ramène à la gare et pour qu'il récupère ses clefs.

DSCN5716En ville, je monte une première fois au pied du fort pour admirer du dessus la ville bleue (toutes les maisons sont peintes en bleu, paraît il pour repousser les moustiques). Je redescends tranquillement en prenant quelques photos des garçons qui jouent au cerf-volant depuis leur toit-terrasse. Je prends aussi des photos des enfants dans la rue qui s'amusent à poser devant l'appareil photo avant de me réclamer stylos et friandises.
J'ai goûté le fameux Lassi Makadanya de Jodhpur. C'est un lassi très particulier. C'est très dense, tellement dense qu'on le mange à la petite cuillère, on ne le boit pas. Il est très sucré aussi.
Le lendemain matin, je rencontre des chinois lorsque je prends mon petit déjeuner en ville (après l'autostop). Je leur parle de mon voyage. Je leur fais découvrir le Lassi d'ici. En échange, il m'offre un billet de 20 Yuans. J'en ai besoin pour ma présentation dans les écoles et j'ai perdu le précédent.
DSCN5725Quand nous nous quittons, je remonte vers le fort.
Ravi, un jeune indien me fait monter sur sa moto. On commence à discuter puis il appelle ses amis, Sagar, Srichandani et Rakesh, pour me les présenter. Il me demande de re-raconter mon histoire. Ils ont beaucoup de questions à me poser. Ils sont enthousiasmés par l'idée de CS. Ils deviendront d'ailleurs des membres plus tard.
Ils essaient de me faire entrer dans le fort gratuitement, juste pour voir le temple et la vue. Après 17h, cela aurait été possible mais j'ai mon train à ce moment là. Pour l'heure je devrais payer 400 (prix pour les étrangers au lieu de 25) mais le garde veut bien me faire la ristourne étudiant à 300 car j'ai une bonne tête (merci), mais, 300 ça reste trop pour moi, d'autant que les chinois de ce matin m'ont déconseillé la visite du musée, sans grand intérêt. A la place, on marche ensemble jusqu'à un sommet en face où est installé une antenne relais. La vue y est belle et nous pouvons continuer à bavarder.
Je prends le train de 17h30 pour me rendre à Jaipur, afin de rejoindre Apurva.

DSCN5771Cette fois, Apurva n'a pas pu venir me chercher en personne. Le pauvre, il est malade. Ce sont ses amis qui m'attendent à la gare. Mon train est très en retard. Quand j'arrive, ils me repèrent assez facilement, moi, le blond avec sac à dos et bâton de voyageur. Nous sommes trois sur la moto, j'ai tout mon barda avec moi, alors pour la traversée du centre-ville, il ne faut pas avoir froid aux yeux, les amis !
Apurva va mieux. Il doit aller récupérer des papiers à son ancienne université. Il me laisse aller visiter le palais d'Amber seul. Je visite l'ensemble du complexe. Je commence même à monter jusqu'au second fort, mais je ne rentre pas à l'intérieur car c'est, une fois de plus, trop cher pour moi, étranger sans trop de sous. Du coup, j'ai du temps pour discuter avec un groupe d'américaines qui se sont installées à Delhi pour donner des cours d'anglais. J'échange aussi avec le groupe de Hakbar, un jeune étudiant en histoire qui m'aurait volontiers invité à rester chez lui.
DSCN5773Quand Apurva me rejoint, nous décidons de rentrer en marchant le long du lac jusqu'à Jal Mahal, la palais flottant. Il est beau mais vide, abandonné.
Cette nuit là, je me réveille transi de froid, claquant des dents. Pourtant je peux vous assurer qu'il faisait très chaud. Il y a eu une petite inondation dans la pièce et mon matelas est trempé. Je parviens tout juste à me lever, à récupérer mon drap de soie et mon sac de couchage. Emmitouflé, je me rendors immédiatement, fiévreux.
Je passe mon dernier jour à déambuler dans la ville tel un zombie pour voir les beaux monuments de la ville. Malgré ma condition fiévreuse, j'arrive à apprécier la beauté de la ville rose (non je ne parle pas de Toulouse :-).
Je visite le sympathique musée des turbans. Un autre jour, j'aurais sans doute rigoler à essayer de mettre moi même un turban sur la tête.

Je quitte le Rajasthan le lundi 18 août en piteux état, encore pire qu'en arrivant. J'ai attrapé froid. Mon site internet que j'avais réparé a été ré-attaqué (en fait, je comprendrai plus tard que n'ayant pas réparé le site de ma mère, toujours contaminé, il ne faut pas longtemps au virus pour détruire tout mon travail). Et mon eczéma a empiré. À dormir sur le matelas pourri mouillé, il s'est infecté (comme en Malaisie).
Mon voyage au Rajasthan ne s'est pas déroulé aussi bien que d'habitude.
Je regrette surtout de n'avoir pas pu partager plus avec mon cher ami Apurva. Ce sera pour une autre fois.

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Bhinmal