DSCN3039Le mardi 1 avril 2014, j'arrive à Auroville, à pied.
Avec Tyler, nous avons pris un bus pour Aurobeach. De là, il y a 7 kms pour rejoindre Auroville. Pas de bus, uniquement des auto-rickshaws qui coûtent très cher, donc nous marchons. Il fait chaud mais la conversation est bonne alors le temps passe vite. Nous arrivons au Centre des visiteurs vers midi. On nous propose de visioner une courte vidéo qui présente le Matrimandir, le bâtiment en forme d'oeuf, central, qui représente la quête spirituelle d'Auroville, ainsi qu'une introduction à la Charte d'Auroville rédigée par la Mère et lue par la Mère lors de l'inauguration d'Auroville en 1957 (à vérifier). La Mère, française d'origine, fut la compagne spirituelle de Sri Aurobindro, un des plus grands penseurs et poètes indiens de la première moitié du 20°s, il fut aussi un des principaux acteurs del'indépendance de l'Inde.
"Auroville n'appartient à personne en particulier mais à l'Humanité dans son ensemble". Pour être aurovillien, il faut adhérer au Yoga du travail et être un chercheur de la Vérité. Dit autrement, un aurovilien travaille pour offrir le meilleur de lui même à la communauté sans attendre de récompense pour cela, et il doit travailler en lui, une supra-spiritualité indépendante de toutes religions. Auroville est un lieu d'expérimentation pour l'apparition d'une nouvelle "forme" humaine, une nouvelle humanité qui ne se base pas sur la compétition, la confrontation (en elle mais aussi contre la nature), mais plus harmonieuse...
Ce sont mes mots à moi, de ce que j'ai compris et réussi à reformuler du message et de la vision de la Mère. Pour en savoir plus, je vous invite à vous renseigner sur le site internet d'Auroville.

 

DSCN3170Ca peut paraitre un peu bisounours comme ça, mais c'est très noble et beau. Et je suis convaincu que la Mère et Sri Aurobindro y croyaient vraiment, ainsi que les aurovilliens d'origine. Je crois d'ailleurs que beaucoup, d'anciens comme de nouveaux, y croient toujours.
Beaucoup de recherche dans l'éducation, les arts, la musique, l'agriculture, la médecine, la nature y ont cours.
Malheureusement, deux sujets cruciaux ont, pour l'heure, étaient écartés, la politique et la monnaie. La raison est simple, la Mère, dans son rêve d'Auroville, ne voulait pas d'argent, et était très évasive quant à la politique, qui seule chose certaine ne devait pas être une politique de représentation et de pouvoir.
Du coup, en attendant de trouver mieux, ils utilisent la roupie indienne, à travers un obscur système de carte électronique des plus privateurs de liberté, et la politique est à deux vitesses, une recherche de consensus [impossible] lors d'assemblées pré-préparées par des groupes de travail qui ont déjà pris les décisions, ces groupes de travail étant plus ou moins autoproclamés, se désignant les uns les autres.
DSCN3048Ces deux choses n'ont pas évolué, ni dans la charte, ni dans la pratique d'Auroville depuis le démarrage de l'entreprise. Pourtant, on ne vit pas en communauté de la même manière si la communauté comporte 50 individus ou bien 2000 comme aujourd'hui ou encore 50.000 comme c'est envisagé.
Aujourd'hui, Auroville, après s'être pris de plein fouet la crise économique et la dévaluation de la roupie comme le reste du monde, vit une crise politique majeure. Les aurovilliens d'origine, qui, comme tous les vieux du monde, croient, au nom de leur noble passé, avoir plus de droit à la décision [alors qu'ils n'ont plus beaucoup de futur] que les nouveaux arrivants, qui eux, forgés par le monde présent, avec le regard vers le futur, et qui n'ont pas connu la transformation du plateau désertique en la ville verte qu'est Auroville aujourd'hui, veulent renouveller Auroville (parfois en oubliant l'objectif d'Auroville).
J'ai cherché à proposer des solutions à Auroville, sans succès. Il faut être Aurovillien et ça prend beaucoup de temps. A qui me lirait, regardez du côté d'une monnaie complémentaire qui suivrait la Théorie Relative de la Monnaie, ça permettrait à Auroville d'acquérir une indépendance économique et ça simplifierait grandement le système social mis en place (que je ne décrirais pas ici, mais qui est digne d'une administration française). Deuxièmement, renouveller la charte pour y inscrire un système politique (démocratie direct) qui utilise les outils à disposition aujourd'hui, que la Mère ne pouvait concevoir à l'époque, l'Internet, le Web, etc...

DSCN2841J'ai d'abord été volontaire pendant 19 jours pour le projet extra scolaire New Colors. C'est un projet porté par Kumar et sa femme Renana. Tous les soirs, nous accueillions les enfants du village tamoul pour les aider à faire leur devoirs pendant une demi heure avant de jouer. La plupart du temps, nous jouions à une sorte de "chat" à cloche pied. J'ai introduit la balle au prisonnier dans leur choix de jeux. Nous leur proposions aussi des activités artistiques. Ils ont ainsi préparé une carte de félicitation, chacun pour l'un de leur camarade pour célébrer la fin de l'année. Un soir, je leur ai proposé ma présentation, un autre, ils ont participé au relais de dessins et enfin, nous avons réussi à avoir une conversation skype avec les étudiants de l'IEM Rossetti, avec qui, vous savez que j'entretiens une relation privilégiée depuis presque le début d'Ecole World y Camino. C'était vraiment super même si la liaison internet n'était pas au top. J'espère qu'on arrivera à remettre ça.
DSCN3285Une matinée, nous avons emmené les enfants à la plage. Ils habitent à 7kms de la mer mais pour certains, c'était la première fois qu'ils y allaient (je nose dire "qu'ils la voyaient"). C'était vraiment fun. On n'a pas vraiment nagé mais plutôt barbotté mais c'était bien marrant. Bataille d'éclaboussure, course dans l'eau, apprentissage pour faire la planche (grand jeux de confiance)...
Pour 300 roupies par jour, j'étais hébergé, j'avais autant de dosas que je voulais et j'avais mon vélo pour me déplacer. Vous savez ce que je pense de cette mode répandue du volontariat payant... m'enfin, c'est comme ça, je tenais absolument à découvrir Auroville. Et puis la petite famille de Kumar, Renana et Lali, leur petite fille de 6 ans, avec la grand mère et l'arrière grand mère, étaient vraiment sympas. J'ai passé quelques heures à éplucher le tamarin des grand-mères

DSCN2860Un vendredi soir, je suis allé découvrir le projet Sadhana Forest. Ils proposent chaque semaine un tour qui se conclut par un film écolo et un repas végétalien. J'ai adoré! C'est un magnifique projet de reforestation et de conservation de l'eau avec une magnifique vision d'une vie communautaire résiliente.
Le projet a démarré il y a dix ans, initié par une famille (qui est toujours très active dans le projet mais je ne les ai pas rencontré). Très vite, des volontaires, en flux continu croissant, sont venus aider pour qu' aujourd'hui ce projet volontaire devienne le plus grand du monde. Plus de 1000 volontaires viennent chaque année avec parfois plus de 150 volontaires en même temps sur place. Quand j'y étais, à la saison la plus chaude, la saison basse, nous n'étions qu'une trentaine. Les volontaires à long terme (1 an et plus, jusqu'à 5 ans pour le plus ancien) se sentaient, à 30, comme en famille :-). Le projet a pris une ampleur internationnale aussi puisqu'il existe un Sadhana Forest à Haiti, et depuis un mois, un Sadhana Forest Kenya. Les grandes "lignes de conduite" du projet communautaire sont l'économie du don, le service volontaire, le végétalianisme et la non scolarisation des enfants. DSCN3527L'économie du don se comprend j'imagine. Le service volontaire, c'est pour ne pas parler de travail mais bien soulignerr que chacun effectue sa tâche du jour, ou de la semaine, du mieux qu'il peut, volontairement, sans attendre de reconnaissance (encore moins de récompense). La raison est simple, même en étant volontaire un an, on ne voit pas le fruit de son travail, ou devrais-je dire l'arbre de son travail. Il faut 10 ans au moins pour qu'un arbre pousse. Être végétalien, c'est ne rien manger qui provient des animaux, pas de viande, pas de poisson, pas d'oeufs, pas de lait mais aussi pas de miel, et pour les extrèmes (ici ce n'est pas le cas), pas de médicaments qui utilisent des enrobants tels que les intestins etc... Certains refusent même tous médicaments qui a été testé sur les animaux (c'est à dire plus de 99% des médicaments). La non scolarisation signifie que les enfants sont libres de vivre leur journée comme ils le veulent. Ils apprennent au contact des autres à tout moment. Et comme il y a toujours plusieurs enfants de différentes familles, le rôle socialisateur de l'école n'est pas nécessaire. Bien sûr, si un enfant veut étudier un livre, les parents peuvent le lui offrir et si un enfant veut aller à l'école, les parents peuvent l'y envoyer mais ça doit venir d'un désir de l'enfant.

DSCN3549Nous nous levons à 5h30 du mat, au son d'une guitare et/ou de chant qu'un volontaire accepte de nous offrir de si bon matin. C'est l'heure du cercle du bon matin. Après quelques exercices d'échauffement et d'étirement, nous nous souhaitons une bonne journée et nous embrassons. C'est l'heure du premier service volontaire (préparer le petit déjeuner, s'occuper du compost, nettoyer les toilettes, arroser les arbres, il fait trop chaud pour planter, couper du bois). Après un petit déjeuner, toujours délicieux, c'est l'heure du deuxième service volontaire jusqu'au déjeuner. L'après-midi est généralement libre jusqu'au diner, le soir à 18h30. Souvent, après nous avons une activité, une discussion, une réunion avant d'aller se coucher entre 21 et 22h.
Pour ma part, j'ai pris beaucoup de responsabilités. Je m'occupais de nettoyer le bassin, de préparer les idlys (sorte de muffins à la farine de riz) pour le petit déjeuner (3 fois dans la semaine), de servir le petit déjeuner. Souvent j'aidais aussi en cuisine pour le déjeuner. Et tous les après midi, j'occupais le poste en charge de l'hygiène, ça consiste à s'assurer que la cuisine et les attenants sont propres et rangés.

DSCN3559Pendant mon temps à Auroville, j'ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux. En effet, je suis allé voir un dermatologue pour qu'il me rassure qu'une plaque de rougeur était bien de l'eczéma et pas autre chose (champignons et autres joyeusetés des pays tropicaux) . Je suis aussi allé voir l'hôpital dentaire et une clinique dentaire à la suite d'une douleur à ma dent dévitalisée depuis 4 ans. J'avais déjà eu mal l'été dernier mais la dentiste m'avait convaincu d'essayer un autre dentifrice et ça avait fonctionné. Cette fois, j'ai un abcès dans le palais, alors, il y a forcément quelque chose. D'après eux, après radio, il faut renettoyer les canaux des nerfs. Pour cela, il leur faut un mois. Comme je n'ai plus que 15j de visa, je ferais ça à Dakha, la capitale du Bangladesh. Enfin, j'ai aussi eu une otite que je n'ai d'abord pas prise au sérieux. Or, avec la chaleur, et tout le travail que je faisais, plus l'infection dentaire, mon corps a mis le hola et l'otite a mal tourné. Elle m'a mis KO pendant 48h (fièvre, allongé et compagnie). Du coup, j'enchaine un peu les antibiotiques...

DSCN3500Pour la première fois, le public de ma présentation n'était composé que d'adultes, et de voyageurs qui plus est. Elle a duré très longtemps et j'ai eu droit à plein de questions pertinentes de gens vraiment intéressés par ce que je fais. Ca m'a fait extrèmement plaisir car j'ai rarement de tel retour, et parfois, je doute de l'intérêt de partager mon histoire comme ça, en cours de route à mes différents publics.
J'ai aussi offert un atelier sur la monnaie à travers un jeux qui s'appelle La Corbeille. C'est un jeux inventé par Sybille Saint Girons et Matthew Slater de l'association Valeureux, et dont j'ai entendu parlé sur la radio de podcast monnaielibre.org. Extrèmement passionant et vivant, ce jeux vous apprend ce qu'est la monnaie et comment fonctionnent différents systèmes monaitaires. Il manque, pour l'instant, le système qui fonctionne avec une création monétaire par revenu de base, mais ça viendra. Je conseille vivement. Seul hic, il faut être 10 ou plus.

DSCN3536Le mercredi 30 avril 2014, à 12h30, je prends un train pour m'en retourner à Kolkata, en compagnie de deux amis, Carly et Julian. Car des amis, à Sadhana forest, je m'en suis fait plein. Annika, Jamey, Tomas, Peter, Tina, Hannes, Simona, Solveig, Pascale et Philippe, Flora, Ranjan, Lauren, Parshva, Cristina, Selena, Quentin, Santon,  Imane, Rishab... sans oublié ma famille israélienne, Yasmin, Elad, Noam, Amitai et Yishai qui rendaient les lieux tellement vivants... et puis tous ceux dont je garde en mémoire le visage mais dont j'ai oublié le nom (ou dont je n'ai pas de trace écrite :-), ne vous offusquez pas, rien d'exceptionnel à ce que j'oublie un nom malheureusement (pour moi).
Carly, Julian et moi sommes d'abord accueillis par leur Cser pour une nuit. Le lendemain, je dis encore deux au revoir avant de rencontrer l'incroyable Pankaj, mon CSer pour la semaine à venir. Nouveau sur CS, il veut faire bien. Il est génial, mais je vous en parlerai dans le prochain article, car chez lui, j'ai déjà un pied au Bangladesh.

(avant le 5 juin) Si vous voulez m'écrire, merci de m'envoyer quelques mots par poste restante à la poste générale de Bangalore à l'adresse suivante (n'oubliez pas de me prévenir par email pour que j'aille chercher votre courrier). À Bangalore, il n'y a aucun retour sur l'existence d'un service de Poste Restante mais le Guide du Routard dit que toutes les grandes villes offrent ce service :
NATHANAEL LEPRETTE
Poste Restante
General Post Office
Rajbhavan Rd, Vasanth Nagar
Bangalore, Karnataka
India

Si vous voulez recevoir une carte postale d'Inde, merci de me le faire savoir rapidement.