DSCN3513Il y a du bruit toute la nuit dans cet hôtel de passage mais rien qui empèche vraiment un voyageur fatigué de dormir. Et c'est bien là un problème.
Quand je me lève à 7h, le lac est toujours là, superbe, éclairé par le soleil levant. Que nenni! il y a bien le lac mais le soleil n'est pas là et ce n'est pas le seul absent. Les camions ne sont plus là non plus. Que s'est il passé? Les chauffeurs trop imbibés de vodka m'auraient ils oublié? Ou bien sciement laissé ici pour une raison ou une autre?

Peu importe, ce qui est sûr, c'est que je suis seul, au milieu de quelque part, sous un ciel d'orage bien menaçant (la photo est de la veille au soir, je n'en ai pas sous l'orage) et que je n'ai que deux options, rester à l'hôtel à attendre ou m'en aller.
Attendre quoi? que ce soir viennent dormir d'autres gens??? Non. Et puis je ne pourrai même pas profiter du lac. Je pars donc d'un pas pressé sous les nuages. Il faut éviter autant que possible que les voitures qui me doubleront croient que j'ai les moyens de dormir à l'hôtel. J'en ai bien les moyens, la preuve je l'ai fait, mais ce ne sont pas des moyens pécuniers, et ça, je ne sais pas comment l'expliquer en mongol.

DSCN3518J'ai marché une bonne heure avant de m'arrêter pour attendre ma première voiture. D'habitude, je ne pense jamais du mal des conducteurs qui ne me prennent pas. C'est bien leur droit mais cette fois-ci, je les ai un peu maudit ces camionneurs qui m'avaient laissé espérer un trajet facile jusqu'à l'embranchement pour Moron, eux allant à OB. Ils avaient d'aileurs passé du temps la veille pour m'expliquer les directions et me dessiner une carte. J'ai été très surpris par le trajet de la route que j'emprunte, elle va beaucoup plus vers le sud que je ne croyais. Et Moron et le lac Kuvsgul sont vachement plus au nord que ce que j'avais en tête...

DSCN3522Ais-je été pris par une voiture d'abord, je ne sais plus, je ne crois pas... Ce qui est sûr, c'est qu'un peu plus tard dans la matinée, après que j'ai eu pris le temps de me prendre en photo en situation d'autostop, sous tous les angles que pouvait m'offrir la route, une camionnette m'a emmené 30 kms plus loin. Le conducteur était mongol, son assistant, chinois. Ils ne parlaient pas anglais mais je suis sûr que c'est quand même un Mongol qui supervise tous les travailleurs chinois de la portion "d'autoroute" sur laquelle je me trouvais.
Est-ce parce que nous étions un samedi midi? est-ce la pluie? Je ne sais, mais tous ont répondu comme à un appel et j'ai vu converger une dizaine de camions vers le campement ou la camionnette m'avait emmené.
Il pleut, et n'ayant rien mangé depuis hier soir, j'accepte sans hésiter leur invitation à partager leur repas. Ils tuent d'abord deux moutons, mais ce sera pour plus tard car pour l'heure, nous mangeons végétarien. Des nouilles aux légumes, enfin un peu de changement, la viande bouillie, ça va bien cinq minutes!

DSCN3549A la fin du repas, comme un signe, la pluie se calme. Je m'en vais au bord de la piste mais pas trop loin du campement. Si la nuit devait tomber avant que je ne sois pris, je suis certain qu'ils me feront une place.
J'attends un peu avant d'être pris en stop par un Kamaz (camion russe increvable). Son conduteur s'appelle Tileubai et se rend à Tosontsendel, peu après la bifurcation pour Moron. Il est kazakh. Il a le coeur sur la main.
On a du mal à communiquer, mais peu importe. On s'arrête dans les yourtes pour dire bonjour et boire le thé. On s'arrête, quand des camions sont immobiles au bord de la route, pour les aider, si besoin. L'entraide, dans les steppes est vitale et personne ne fait l'indifférent. Mais on s'arrête aussi quand on croise un autre camion, un petit coup de klaxon, chacun stoppe sa machine et ça discute. Plusieurs fois, il faut vérifier l'état du camion, du moteur et des roues. Les steppes, c'est un milieu hostile pour les machines. Oui, parce que si on longe "l'autoroute" tout le temps, la route actuelle (importante) n'en est pas moins pour l'instant, une piste !

DSCN3558Ce jour-là, nous nous arrêtons à Sorgim après 220 kms de piste. Je mange pour 2,5 € et dors pour même pas 1. Dans les "étape-hôtels" mongols, le confort est minimaliste, on est allongés en rangs d'oigons sur une estrade, serrés comme des sardines en boite. Pas moyen de bouger sauf les bébés qui pleurent de temps en temps.
Cette fois, je suis debout à 5h, Tileubai, tu ne t'en iras pas sans moi !
On devait partir à 6h mais comme Il est fatigué, il me renvoie dormir jusqu'à 7h.
On reprend la route en compagnie d'un autre camion conduit par un ami à lui et son fils, Vikou, 19 ans, qui reprendra un jour le business de son père. Ici, les camionneurs sont propriétaires de leur camion et travaillent par mission. En route, on rencontre d'autres amis. On célèbre la récente acquisition d'un camion pour l'un des fils. La vodka sur la route, ça donne ça ensuite...

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C'est ainsi que j'ai passé mon permis poids-lourd au milieu des steppes, Tileubai étant un peu éméché.

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DSCN3625Quand on arrive à 4zan, l'embranchement OB x Moron, mon coeur balance. Le temps passe, je suis en retard sur mon planning, et du coup, le froid est déjà là. Il fait 0°C la nuit. Et je suis à 300 kms au sud de Moron qui est à 200 kms au sud du lac Kuvsgul. Quel température aurai-je là-bas? 500 kms, c'est 4 jours aller-retour, plus le temps de visiter, c'est une semaine... J'ai rendez-vous au ranch dans 3 js, normalement.
Tant pis pour le plus beau lac de Mongolie, j'en ai vu d'autres.
Je reviendrai.
Je reste donc avec Tileubai jusqu'à Tosontsendel où il me fait héberger par ses amis Purevragchaa et Batjargal.

DSCN3646Le lendemain matin, je me lève tôt, il fait froid, mais je dois y aller.
Non?! Comment ça non?
Qu'est ce que Purevragchaa essaie de me dire?
Ahhh !, je dois manger un petit dèj, d'accord !
Je dois rester une journée pour me reposer, d'accord !
Aller avec son fils au bord de la rivière, d'accord !
Pêcher, ce n''est pas trop mon truc mais pourquoi pas... Manger le poisson frais, d'accord ! Ca me change de la viande bouillie.
Laver mes vêtements, d'accord !
Dormir au grenier parce que la yourte abrite les membres d'un mariage, d'accord !

DSCN3653Je ne repars donc que le surlendemain. Je me lève à 5h avec le soleil, afin d'être en position au bord de la piste, loin du village, dans les steppes, à 7h.
A 10h, je suis pris en stop par une camionnette qui transporte de la laine, le gros ballot à l'arrière balance beaucoup c'est apparemment difficile à manoeuvrer. Je suis désolé, je ne me souviens plus de leurs noms alors qu'ils étaient extrêmement gentils. Ils m'ont emmené jusqu'à Chuluul ce jour là (230kms), après de multiples pauses, pour pique-niquer avec le reste de la famille qui suit en voiture, réparer la camionnette (moteur ou crevaison), réparer le radiateur de la voiture... Je profite de la lenteur pour contempler les paysages qui changent sans jamais varier, collines verdoyantes parcourues de nombreux cours d'eau où les troupeaux s'abreuvent. DSCN3690Nous dormons tous à Chuluul dans un "étape- hôtel" mongol. Il n'y a personne pour nous accueillir, nous n'avons eu qu'à pousser la porte (ouverte) et à s'allonger sur l'estrade vide. On aurait pu croire que c'était déserté, si le matin, on n'avait pas été réveillés par l'agitation qui régnait en cuisine, apparemment lieu de vie des propriétaires.

Croyant que nos chemins se séparaient ici, je pars longtemps avant que tous ne soient réveillés. Pourtant, ils seront les premiers à me doubler quelques heures plus tard. Ils me refont monter dans la camionnette pour m'avancer de 30 kms, là où nos routes divergent vraiment. On sent que OB n'est plus si loin (600km), nous venons de rouler sur de l'asphalte.

DSCN3696Leur camionnette n'a pas le temps de redémarrer que je suis pris par un 4x4 qui va à Karakorum, l'étape que je m'étais fixée pour aujourd'hui (220 kms). En 4x4 et sur de la vraie route, on y arrive avant midi. En famille, dans leur deux 4x4, ils voyagent autour de la Mongolie depuis 15 js, comme chaque année, pour visiter les oncles et tantes. Ils rentrent à OB pour préparer la rentrée et me proposent de m'y emmener. Cependant, ayant visité Karakorum l'année précédente, ils ne souhaitent pas s'y arrêter.

Tout le monde m'a vivement conseillé de visiter le temple et le musée de Karakorum, je décline donc leur offre. Karakorum fut un temps la capitale de l'empire mongol.
Le temple est gigantesque. En fait, la forteresse est immense mais à l'intérieur c'est un peu vide. Il y a plusieurs temples mais rien d'extraordinaire. En revanche, le musée est passionnant pour qui aime l'archéologie, la Préhistoire et l'Histoire ancienne, très ancienne, comme si l'Histoire s'était arrêtée avec Gengis Khan...

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DSCN3719Je suis de nouveau sur la route à 15h30 avec le secret espoir de rallier OB le soir même.
Et ben oui, ça s'est fait, ce fut ma plus longue distance d'autostop en Mongolie. Une famille de Russes m'a emmené à OB (380 kms). Nous arrivons à 22h30.
L'arrivée est bruyante, cahotique, tout est brumeux (pollution?), ça sent. Déjà je n'aime pas OB!
Ils vont à l'hôtel, un hôtel que je ne peux pas me payer...
J'essaie d'appeler Pujee, vous vous souvenez le jeune de Hovd qui devait être à OB jusqu'en septembre et devait me faire découvrir le chamanisme. Injoignable. En Asie, ils ne connaissent pas les boîtes vocales. Je n'arriverai donc jamais à entrer en contact avec lui. Adieu Chamanisme.
J'essaie un autre contact rencontré à Tosontsendel, pas plus de succès. DSCN3739Finalement, je me résouds à appeler Khashbaatar, le businessman rencontré dans le bus pour Hovd.
Je n'aurai pas dû avoir peur de le déranger avec sa femme et sa fille car je suis accueilli comme un ami. A 23h30, ils insistent pour me réchauffer le repas et me posent plein de questions sur mon voyage en Mongolie.

DSCN3827Le lendemain, je réessaie de joindre Pujee, sans succès, je vais à la poste pour récupérer mon courrier et je marche dans OB. Je marche, je ne peux pas dire que je me balade ou que je me promène, c'est plutôt un calvaire.
Cette ville qui n'était habitée que par 500.000 âmes 2 ans auparavant, en compte 1,2 million aujourd'hui, ce qui représente presque la moitié de la population mongole. Evidemmment en aussi peu de temps, on comprend qu'elle n'ait pas réussi à s'adapter à un tel afflux de population. Le gouvernement a d'ailleurs arrêté d'offrir des terres aux nomades autour d'OB. Il n'offre de titres de propriété, pour sédentariser ses citoyens, que dans les autres "villes".
J'ai aussi contacté stepperiders, le ranch où je vais être volontaire pendant 10 js. Nous avons rendez-vous demain matin à 10h.

Suite et fin de la Mongolie au prochain numéro, Oulan-Bator et stepperiders.