Je suis dans un petit bar, près de la gare. Les gens viennent là pour manger, moi j'y attends mon train et j'ai trouvé de l'électricité. Je m'attable enfin devant mon ordi pour écrire ce premier article sur la Mongolie. J'ai beaucoup de mal à le démarrer car j'ai déjà tant à raconter, et pourtant je pars inassouvi de ce pays...

Un jour que nous étions petit, mon frère s'est écrié "C'est nul, il n'y a plus de terrains d'aventure, il n'y a plus de zones vierges, on ne peut plus être explorateur!". Je ne me souviens plus de ce qu'avait répondu ma mère, à moins que ce ne fut mon père, mais je me souviens que cela m'avait laissé perplexe. C'était d'autant plus surprenant de la part de mon frère qui est doué de bien plus d'imagination que moi. Aujourd'hui, il est d'ailleurs à la recherche des mystères marrins, lieux ô combien inexplorés...

Etant finalement seul pour découvrir la Mongolie et pas vraiment préparé, c'est avec un esprit d'explorateur que j'ai décidé d'y pénétrer. Je vous propose de voir ensemble ce que je savais de la Mongolie au moment d'y entrer (je force un peu les traits :-).

Carte Mongolie   DSCN3625   DSCN3796   DSCN3940

C'est à la fois pas beaucoup et en même temps un peu trop... mais n'ayant rien planifié, ça sentait un peu l'aventure et j'étais très excité au moment de passer la frontière!Read More

 

DSCN3236Quand j'arrive du côté chinois, c'est le grand standard international, douaniers qui parlent anglais, machines flambant neuves qui parlent votre propre langue lorsque vous scannez votre passeport. Mais côté mongol... ce n'est pas la petite cahute mais presque. C'est beaucoup plus rudimentaire mais c'est aussi plus expéditif ce qui, concernant ce genre de choses est toujours appréciable.
Une fois sortie du poste frontière, je retrouve le même environnement qu'avant, des montagnes désertiques... où sont donc les steppes vertes?
Et c'est tout aussi désert humainement parlant. Je me fais alpaguer par la seule voiture présente. C'est un taxi conduit par une femme qui me demande 10.000 MNT (Tugrique, 7€) pour aller à Bulgan à 30km. C'est cher et je n'ai pas de T de toute façon. Pas de problème, ce sera 50 Yuan (7€ aussi). J'attends un peu mais il s'avère évident que le stop sera impossible et que les touristes ne se poussent pas au portillon ici, pas moyen de partager le taxi. Depuis combien de temps attend t-elle ici? Je me décide à donner mon dernier billet chinois.
J'ai bien essayé d'expliquer mon voyage et mon projet mais sans l'anglais et sans doc magique, dur dur... Je découvre donc que les Mongoles ne savent ni parler ni lire le russe. L'influence de l'URSS n'a donc pas été aussi importante que dans les autres pays d'Asie Centrale.
L'adresse que je lui donne est simple, "emmène moi à Bulgan, voir quelqu'un qui parle anglais". J'ai dans l'idée de faire traduire mon doc magique héhé!

DSCN3244Elle m'emmène dans un magasin où une jeune fille doit, sans doute, étudier l'anglais à l'école...
Heureusement, en sortant du magasin, je tombe sur la prof d'anglais du lycée de Bulgan, Chuka. J'essaie de lui expliquer en deux mots mon voyage et mon projet, mais voila, elle enseigne l'anglais, cela ne veut pas dire qu'elle le parle couramment.?!
Elle m'invite à manger pour que nous puissions prendre le temps de discuter. Ce fut le premier geste, mais loin d'être le dernier, témoin de l'hospitalité mongole. Je mange avec elle, son mari Sanaa et leur timide petite fille Erkhee. Une fois le repas et la conversation achevée, ils m'invitent à rester quelques jours chez eux.
DSCN3245C'est ansi que j'ai fait mon premier trajet de motostop. Certes, ce n'était que pour 100m, mais quand même, ce n'est pas si évident de se tenir d'une seule main, l'autre tenant mon bâton, avec le sac sur le dos et en roulant sur une route qui ne méritterait pas le nom de chemin en France. Du coup, ça peut paraitre un peu ridicule mais j'étais très fier :-)

DSCN3274Je suis resté chez eux quelques jours, jusqu'au lundi, jour ou je devais peut être, rencontrer des enfants. Ce fut surtout pour moi le temps de faire le tour de la cuisine mongole, de manger beaucoup de glaces, d'aider à la construction d'un futur abri, de jouer au basket avec les enfants du "quartier" et de décider où j'irai ensuite. Apparement j'avais deux choix, le sud ou le nord, les plaines ou le désert, le chaud ou le moins chaud et il fait insupportablement chaud!

J'opte donc pour le Nord, ce n'est pas la route logique pour ralier OB (Oulan-Bator) mais qui a dit que mon voyage en Mongolie devait être logique? et une fois atteint Ovc (Oulaangom), je devrais rejoindre la "route principale" du nord sur laquelle je devrais trouver des camions russes et kazaks.

DSCN3312Dans les deux cas, il est évident qu'il n'est possible de quitter Bulgan qu'en minibus. Aucun autre véhicule ne semble entrer dans le village ni en sortir. 20.000T (13€) pour 500 kms de nuit dans un minibus façon taxi brousse africain, taxi be malgache ; un véhicule normalisé par les Mines en France pour 11 passagers et un conducteur et ici rempli par 17 adultes, un enfant, deux bébés plus le chauffeur.
On démarre à 16h, on quitte Bulgan après avoir récupéré tout le monde à 19h. Je ne vous parle pas tout de suite des routes car celle-ci n'est qu'une toute petite route de province...
Le confort, on oublie! serrés comme des sardines en boite, la boite subissant un test de resistance au choc répété, la nuit sera longue.

Dans le bus, je fais la rencontre de Khashbaatar, un businessman qui habite OB et m'y invite. Dans le minibus, tout le monde me connait très vite et sait tout de mon voyage. On arrive le lendemain matin à 7h.
DSCN3366Je fais le tour de Hovd, je me brosse les dents au milieu des rues, je trouve la place centrale qui offre du wifi (qui ne marche pas) et rencontre un Américain, volontaire ici depuis un an. Il me dépeint un tableau peu flatteur de Khovd (c'est vrai que les "villes" en Mongolie sont vilaines) et des alentours et m'invite à poursuivre ma route sans m'arréter. Il peut m'héberger si le stop ne fonctionne pas. Il m'indique un lieu où je peux trouver du wifi avant de partir. Dans le magasin, on m'explique qu'il n'y a plus d'électricité en ville donc pas d'internet. Par habitude et parce que le monsieur était gentil, je lui montre mon tout nouveau doc magique. D'un coup, il ferme boutique, me pousse dehors et m'invite à le suivre.
On traverse la place, on marche dans quelques ruelles avant d'arriver chez lui. Il appelle son fils qui vient et me demande "What can I do for you? How can I help you?". "DSCN3383Euh, c'est à dire que je ne sais pas très bien". En fait, c'est plutôt moi qui devait l'aider. Son père m'avait emmené pour que je discute avec Pujee son fils, pour qu'il pratique son anglais. Pujee a un très bon anglais mais il a besoin de pratiquer l'oral pour réussir le TOEFL et pouvoir aller étudier aux USA, son rêve. C'est ainsi que je suis resté quelques jours à Khovd en sa compagnie. On est allé ensemble au marché, j'ai appris à cuisiner mongol (pas difficile), j'ai visité le temple bouddhiste, et je me suis gavé de pastèques (nettement moins bonnes qu'au kazakhstan mais bon) et surtout, je me suis fait un nouvel ami. Il doit aussi aller à OB jusqu'au début septembre. Il me propose qu'on se retrouve là-bas Iil me présentera à'un de ses amis, un shaman.
DSCN3407Le jour où je quitte Hovd, il fait beau, Pujee m'emmène jusqu'au garde barrière d'entrée/sortie de ville. Il lui explique ma situation et le policier s'engage à m'aider. Je reste donc avec lui... toute la journée. J'ai bien cru que j'allais dormir une nuit de plus chez Pujee. 8h d'attente, je crois que je bats mon record que j'avais établi il y a quelques année avec mon frère en Ecosse (6h c'est ça?).

Le monsieur qui me prend en camionette ne va pas jusqu'à Ulaangom, il va livrer un magasin quelque part sur la route. Les paysages commencent à ressembler à ce que j'avais en tête, les montagnes disparaissent petit à petit pour laisser la place à des collines très vertes et de nombreux cours d'eau. Nous arrivons à 23h. DSCN3440Nous sommes accueillis par les gérants du magasin avec un bol de thé (au lait, salé, comme partout en Mongolie) et je suis invité à rester dormir. Il y a un camion qui va à Ulaangom le lendemain à 5h. J'aide à décharger, mon sauveur s'en retourne chez lui à Bulgan, les enfants participent au relais de dessin avant que nous allions dormir. Le lendemain, j'arrive à Ulaangom à 10h. Avec ses 10.000 habitants, c'est la plus grande ville de tout l'ouest de Mongolie. J'en fait vite le tour. Hormis le fait que Ulaangom sera le lieu le plus au nord où je me rendrai avant longtemps, cette ville n'a aucun intéret (sauf son lac mais il aurait fallu que je tombe sur des touristes s'y rendant). Je n'y reste que 3h. Je décide de repartir pour Mörön où j'espère trouver un moyen de me rendre au lac Khuvsgul, parait il le plus beau de Mongolie.

DSCN3463A 14h, j'ai donc rejoins le poste barrière et je commence à faire du stop sur ce qui sera ma route jusqu'à OB, et qui est une des routes principales du pays. Ca commence plutôt bien, elle est goudronnée (pour l'instant) et il y a du monde qui passe. Un groupe de jeunes ne tarde pas à me prendre pour m'emmener à Narambulag à 90 km de là. Ils sont marrants, ils vont chercher de l'or me confient-ils.
A peine sortis de la ville, après le pont, les Mongols ont dû tomber en rupture de goudron, fini l'asphalte! On emprunte des pistes qui longent plus ou moins ce qui sera un jour l'autoroute de Mongolie. A partir de maintenant, je suivrai, jusqu'à OB, ce projet que les Chinois construisent. Oui par ce que si les Mongols n'aiment pas les Chinois (à cause de l'Histoire),  ce sont eux qui construisent le pays...

DSCN3465Ils me déposent donc à Narambulag (vous savez où ça ce situe ce bled?, et surtout, vous savez où allez ensuite?). Je me dirige vers l'est, à la boussole! Une moto s'arrète pour me demander où je vais comme ça en marchant avec mon bâton (qui a toujours autant de succès).
Quand je leurs dit que ma destination c'est OB, ils me font monter (deuxième motostop) et m'emmène à la sortie du village, sur ce que j'espère donc être la bonne piste (parce que j'en ai vu plein d'autres). Elle va vers l'est, c'est déjà ça et puis au loin, je vois mon autoroute qui est bien parallèle.
Sur un panneau que j'avai vu à la sortie de Ulaangom (le seul depuis mon entrée en Mongolie), je sais qu'il y a un village à 10km en direction d'OB, je peux donc au moins arriver là-bas avant la nuit, j'espère juste qu'il est sur cette piste.

Je marche un peu plus d'une heure quand je suis doublé par la camionette des jeunes chercheurs d'or. Ils s'arrètent et me propose de m'emmener à Har-Termes (je ne sais pas où c'est, ce n'était pas sur le panneau). Il m'assure que c'est sur ma route. En fait, il s'avère que je ne traverserai jamais les villages inscris sur le fameux panneau.
DSCN3503On longe depuis un moment déjà un superbe lac quand ils me déposent devant un hôtel en m'assurant que je n'aurais pas à payer... Cet hotel est planté, au milieu de nulle part, à 100 m du superbe lac. Je n'aurai donc jamais aucune idée d'où peut bien se trouver Har-Termes. En revanche, je suis en effet accueilli, je ne sais par quel miracle, par le gardien, à rester dormir gratuitement. Je crois que je n'aurais pas montré mon doc magique que ça n'aurait rien changé. A peine je pose mon sac dans sa chambre que je fonce au lac me baigner. L'eau est fraiche, je suis presque seul pour profiter des derniers rayons de soleil. C'est ça la vie de voyageur, ma journée a commencé à 5h du mat au milieu des montagnes au milieu de nulle part (je ne connais même pas le nom) et se termine les pieds dans l'eau près de Har-Termes (pas vraiment bien localisé non plus mais qui n'en est pas moins quelque part en Mongolie).

En plus, il s'avère que des chauffeurs s'arrètent ici et passent tous dans notre chambre pour boire un ti coup (de vodka).
En parlant de ça, vous me croirez ou pas mais depuis que je suis entrée en Mongolie, je suis cardiaque (geste facile à faire comprendre) et mon médecin m'a interdit de boire.
Ces chauffeurs vont dans ma direction et me propose de m'emmener le lendemain matin.

Suite de la Mongolie dans un prochain article.