DSCN5217A 23h, devant une école, au nord de Chengdu, je passe un coup de fil à mon amie Laura. C'est bon, il arrive! Qui?
M Zhu vient me chercher pour m'emmener dans son appartement. M Zhu est professeur de chinois. Il ne parle pas l'anglais mais il s'est porté volontaire pour m'héberger pendant toute la durée de mon séjour à Chengdu. C'est la mère de Laura, qui travaille ici, qui a parlé de moi à ses collègues. Il partage un appartement avec deux autres collègues. La cuisine est commune et une salle de bain aussi, mais lui à la sienne et il a deux pièces alors que les autres n'en ont qu'une. La différence? je crois que lui vit ici, alors que les autres sont dans la même situation que Dorothy à Xi'an. Pour eux, il ne s'agit que d'un pied à terre près de leur travail.
M Zhu m'installe dans sa deuxième pièce, séparée par un rideau, meublée d'un unique canapé convertible, qui du coup restera en position lit toute la semaine :-)

DSCN5133La communication est un problème puisque, s'il comprend un tout petit peu l'anglais, il ne le parle pas du tout.
Le lendemain matin, pendant qu'il va à son premier cours, j'assiste à la rentrée des élèves, en rang, en musique, puis à la cérémonie de levé du drapeau qui me réveillera par la suite tous les matins. Ma chambre donne directement sur la cours de l'école primaire. Ensuite, il vient me chercher pour aller prendre le petit déjeuner et me présenter à Elodie, une professeur de français en collège. C'est dans ses classes et dès aujourd'hui que j'interviens.
Dans la première classe ils sont plutôt jeunes et leur niveau n'est pas du tout uniforme. Certains comprennent tout et pour d'autres, il faut tout traduire. Le cours dure 40'. Sauf que je découvre que j'ai droit à un deuxième cours pour parler avec eux. J'aurais pu aller plus lentement! Du coup, ça nous laisse du temps pour les questions/réponses. Si je suis très impressionné par leur compréhension, ils sont timides pour s'exprimer en français. Ils préfèrent de loin me poser les questions en anglais.

DSCN5149L'après-midi, Elodie m'emmène voir les pandas. La réserve/zoo de protection et d'étude des pandas est assez grande. Il y a plusieurs enclos, pour les petits, pour les grands, pour les pandas roux, deux nurseries et un musée. Les pandas sont trop mignons, petits comme grands, avec leur regard attendrissant, leurs oreilles de peluches et leur démarche un peu balourde et maladroite. DSCN5173Les roux sont magnifiques. Malheureusement, le temps n'est pas au beau fixe et mes photos ne sont pas franchement réussies.
En revanche, un bébé panda, c'est très laid, rose, aveugle comme un bébés rat. Il ne pèse que 100g à la naissance. Difficile d'imaginer qu'il deviendra aussi imposants que leurs parents. Nous n'avons pas le temps de visiter le musée car ils nous faut rentrer avant les embouteillages. On doit être de retour à l'école à 19h pour le début de la sélection des candidats au concours de chanson française de l'école.

DSCN5211Je suis bluffé par la décontraction des participants et leur nombre. C'est la folie dans les rangs des spectateurs. Tous les candidats sont supportés. Un concours mais sans compétition vraiment. Il y aura un gagnant mais c'est avant tout pour le fun. J'essaie d'imaginer ça en France... intransposable. Nous sommes bien trop traumatisé par la fausse note. Ici, il y en a eu des petits couacs (et des moins petits :-), ce n'est pas grave! Ils s'amusent. Dans l'ensemble c'est pas mal, certains ont même du talent. On a un peu de tout, de Amel Bent à Edith Piaf (La vie en Rose, bien réussie) en passant par Notre Dame de Paris... Presque tout le monde est sélectionné pour le concours qui aura lieu la semaine prochaine.

DSCN5228Le lendemain, je vais dans une classe de lycée, avec Hélène, une autre prof de français. Plus agés, ils comprennent tout et s'expriment aisément, l'échange est donc facile. Enfin, mon monologue... car ils attendent vraiment la toute fin avant de poser quelques questions : "petite copine" en premier :-) A midi, ils m'invitent à déjeuner avec eux à leur réfectoire. Les élèves mangent tous en même temps. DSCN5230Ainsi, c'est un réfectoire de 3 étages de 300 places qui se rempli en quelques minutes de bavardages et de bruit de tables. Il se vide tout aussi vite. A 12h40, comme à chaque fois vous diront ceux qui ont eu l'occasion de manger avec moi à la cantine, il ne reste plus que moi. Mes camarades étudiants m'attendent quand même gentilment avant d'aller rejoindre leur dortoir jusqu'à la reprise des cours, à 14h 30.
DSCN5249Je retrouve Elodie à la reprise pour qu'elle m'explique ce que je peux visiter demain dans Chengdu, avant de l'accompagner dans une nouvelle classe.
Ils sont débutants. Il me faut donc parler très lentement et avec des mots simples, m'interrompre pour expliquer du vocabulaire. Je dois passer quelques détails pour être dans les temps. A la fin, j'ai une curieuse question qui me fait bondir: "Que pensez-vous de la possibilité d'une guerre entre la Chine et le Japon?". Je suis diplomate (pour eux, la question des îles est sérieuse et problématique) mais ferme: la guerre n'est pas une option!

DSCN5271Mon troisième jour à Chengdu est réservé à la visite de la ville et à la dégustation de sa gastronomie. Mises à part deux rues tourisitques de style ancien et le parc de la ville, le reste n'est pas vraiment chouette. Ou bien c'est moche, ou bien c'est commercial. DSCN5301Dans le parc, c' était marrant de voir combien les Chinois s'exercent en plein air. Chacun fait son activité, parfois se joint à d'autres, ici du yoga, là de la valse, plus loin du chant...
En terme de gastronomie, j'ai été content, mon palais satisfait. Riz poulet cachuète et choux. Tofu grillé avec poulet en sauce et riz. Aubergine dans une sauce épicée (délicieux, mon plat préféré) plus riz.

DSCN5332Samedi matin, je pars en catimini pour ne pas réveiller M Zhu, j'ai rendez-vous avec le grand Bouddha de Lezhan. Bus, métro pour rejoindre l'autoroute. Sur la carte, ce n'était pas précisé que l'autoroute était en hauteur... il me faut donc pas mal de temps pour trouver une faille et arriver à me hisser sur le pont. L'avantage, quand je quitterai Chengdu, je n'aurai pas besoin de perdre ce temps. 2 voitures, un camion et encore une voiture pour rejoindre Lezhan. La dernière est conduite par un couple qui vit à Lezhan et m'invite au déjeuner. Ils commandent les trois spécialités que j'ai déjà gouté plus une nouvelle, du porc et poireaux en sauce piquante. Comme ils connaissent les restaurants de leur ville, c'est un bon et tout est délicieux, meilleur que la veille. Je me régale!
DSCN5360Pour rencontrer le grand bouddha, il y a deux possibilités celle des touristes et celle des baroudeurs. Vous pouvez payer 100 Y pour marcher le long de la corniche et descendre à ses pieds pour, d'après d'autres voyageurs, ne pouvoir mesurer que ses orteilles, vous pouvez prendre un ferry qui s'arrète au milieu des flots pour vous laisser le contempler, il vous en coutera 70Y ou bien, prendre un ferry avec les locaux pour rejoindre leurs habitations sur l'ile qui fait face au grand bouddha, un seul yuan par trajet (2 aller-retour). Bon d'accord, on n'est pas aussi près que depuis le ferry mais on a une meilleure vue d'ensemble :-)

De retour sur la terre ferme, je cherche encore un autre ferry, un qui va sur une autre île et qui passe juste au pied de la statue (3y par trajet), cela demande parait-il une certaine dextérité avec son appareil photo car il ne s'arrète pas. Mais avant ça, je passe devant mon auberge... enfin ce qui était une auberge. Elle a été rénovée et est devenu un hôtel de luxe. Il faut donc absolument que je rejoigne Emei, pour dormir. Et comme personne ne semble disposé à m'aider à trouver ce fameux bateau, je pars directement en bus à Emey. Ouf, j'ai pu prendre le dernier. A Emei, je sais que je dois prendre le bus de ville numéro 8 avant 19h pour rejoindre Baoguo, le village qui se situe au pied du mont Emei (Emei Shan). Il est 18h30 quand j'arrive à la gare routière.

DSCN5397Huan, un étudiant qui était dans le même bus que moi m'aide à trouver le bus 8. Il monte avec moi car il va à l'université de Baoguo, université des signaux de voies ferrées. Il connait l'auberge où je pensais passer la nuit mais il me propose de dormir dans son dortoir, il y a un lit de libre cette nuit. Deux coups de fil, son coloc absent accepte de me préter son lit, ses colocs présents me souhaitent la bienvenue. Il faut juste s'assurer que le surveillant (oui, oui, un surveillant dans les dortoirs universitaires :-) accepte. Je n'ai pas de doute mais mon ami est plus sceptique. Quand on arrive, il est absent, je monte donc poser mes affaires dans leur chambre. Ils sont 4 dans une pièce de 25m2, 4 lits mezzanines qui se font face en deux lignes, les bureaux étant en dessous.
Il y a une petite douche/toilette. Je crois que je n'ai jamais parlé de ce concept : la toilette est "à la turque" au milieu de la petite pièce, et on se douche au dessus, l'évacuation de la douche étant le toilette. Tongue obligatoire :-) N'empèche que c'est un grand gain de place.
Huan et son ami Shao m'invitent à manger les dernières spécialités que j'avais noté, des haricos frais épicés et du tofu fondant en sauce plus riz. Shao ne parle pas aussi bien l'anglais que Huan mais c'est un voyageur dans l'âme. Il rêve de faire la même chose que moi plus tard. Il est aussi dessinateur et musicien, des talents qu'il peut mettre à profit pendant son tour du monde pour avancer. Huan réussi à convaincre le surveillant : Parler avec YoGo est une opportunité pour pratiquer notre anglais :-)

DSCN5417Ils m'accompagnent au petit matin là où démarre la route pour grimper le mont Emei. Je suis leurs indications en marchant le long de la route pendant une petite heure avant d'arriver à une entrée (et oui, je suis en Chine, il faut payer pour randonner en nature) . Je négocie le tarif étudiant avec mon doc magique et mon baton, 80Y (au lieu de 150).
La première partie est extrèmement facile même si j'ai du mal à avancer à cause du monde... Pourtant, il n'est pas question de chômer, j'ai l'intention d'arriver au sommet ce soir. J'ai donc 2500m de dénivelé positif qui m'attend, soit 18.000 marches. Je ne connais pas le cumulé mais ça ne cesse de descendre pour remonter...
Au premier temple, je décide d'effectuer l'ascension par l'est et de redescendre par l'ouest. Il parait que c'est plus beau ainsi. Je garde donc le bassin des singes pour la fin, demain. Une fois dépassé le premier temple et laissé sur la gauche le bassin des singes, les choses sérieuses commencent et le nombre de marcheurs se réduit drastiquement, et après le second temple,  je serai même complètement seul.

DSCN5433Un jeune Han me dépasse entre les deux temples, je suis plutôt impressionné. Je le perd même de vue avant de le retrouver au deuxième temple. Je me présente à l'aide de mon doc magique mais lui ne parle pas l'anglais et je n'arriverai même pas à savoir son nom. Ce n'est que plusieurs semaines plus tard que j'ai découvert qu'il ne s'appelait pas Ti Gua, il s'agissait du nom de la racine sucrée pleine d'eau qu'il venait de m'offrir :-)
Ti Gua signifie melon sous la terre, le nom plus spécifique de cette racine est le Yam Bean.
Ou bien il ralentit son rythme ou j'accélère le mien, mais je me mets à le suivre, sans doute un peu les deux. Il est d'abord devant, il prend son avance sur le plat notament mais je le rattrape toujours dans les marches, je ne le perds plus de vue. Mon compagnon prend soin des insectes qui traversent les marches et les pousse sur les côtés.
Rapidement, il ne me distance plus du tout jusqu'à même ce que les rôles s'inversent, je le devance en montée et il me rattrape sur les plats. Puis finalement, à la fin d'un interminable escalier, je l'attends longtemps avant de voir arriver un vieux papi que nous avions dépassé ensemble. Celui-ci me fait signe de ne plus attendre, de continuer... surchauffe? départ trop rapide je suppose. C'est ainsi que je continue mon ascension en solitaire jusqu'à la plateforme près-apicale de bus. Ben oui, un Chinois, ça ne randonne pas.

DSCN5477Cette solitude accrue par le temps maussade, par la masse nuageuse qui nous enveloppe, la montagne et moi, s'ajoute à la difficulté de l'exercice. Je monte, marche après marche, l'esprit tranquille, mais d'un pas rapide car je sais qu'il y en a encore plein d'autres après. Bientôt, je suis dans les nuages. Je le sens, même si je ne le vois pas. C'est une drôle de sensation que d'être mouillé en silence. La pluie, muette, ne tombe pas. Elle est là, alentours. Elle attend que vous la traversiez pour se déposer gentilment sur vous, comme une caresse, comme pour vous rafraichir dans l'effort. En échange, vos sens sont réduits, plus d'odeur, plus de vue. La montagne devient petite, ou immense selon votre imagination car l'abysse n'est plus, remplacé par du blanc, partout.
DSCN5467Je ne suis pas complètement seul sur le chemin. Je double deux moines femmes qui montent jusqu'au sommet en se prosternant... Bon courage!
Je me fais attaquer par un singe qui voulait le contenu de mon sac, mes provisions. Un avertissement avec mon bâton et il s'en va.
Au dernier temple avant les bus (2/3 du sommet), là où les deux chemins se rejoignent, j'hésite. Je suis fatigué, certes, mais je peux encore continuer. "Si tu t'arrètes maintenant, demain, il faudra encore beaucoup monter avant de devoir tout redescendre... et tu veux descendre par l'autre chemin, le plus long... et tu dois ensuite rentrer à Chengdu en stop". Il faut donc être en bas pas trop tard."
DSCN5495Ok, je continue. Une dernière longue ascension et je retrouve la foule. Encore un temple et je m'arrète. Pas de chance, ce temple ne peut héberger les étrangers me dit un couple de Han qui arrive en même temps que moi. Je trouve donc un hébergement chez l'habitant, 30 Y pour une pièce large de la largeur du lit et longue de la longueur du lit plus l'espace nécessaire à l'ouverture de la porte.

DSCN5517A 06h30 du matin, je retrouve Sarah et Scott, le couple de la veille, qui sont ici pour leur lune de miel. Nous montons ensemble au sommet. Malheureusement, comme à Tai Shan, je ne vois pas le soleil se lever. Je n'attendrais pas non plus jusqu'à 12h (comme eux compte le faire) pour voir la mer de nuages. (Je me console en me disant qu'en avion, elle est belle aussi).
Je dois rescendre. 8h pour monter (annoncé 10). Il m'en faut 8 pour redescendre aussi (annoncé 10 aussi) par l'autre chemin. Il est plus long, parait il, plus beau aussi. Presqu'en bas, je rencontre Kevin, un Américain qui travaille à Shanghai depuis 8 ans. Il adore randonner et profite de tous ses déplacements de travail pour découvrir le pays. DSCN5555Je donne à manger aux singes quand on arrive sur leur territoire, de vrais gourmands, et leur vivacité fait peur parfois. On peut lire, un peu partout, "attention, tenez écarté vos sacs plastiques de la vue des singes". Je ne redescends pas par la route, je continue par le chemin. Cela signifie encore une grosse heure de montée et descente à travers bois. Quand j'arrive enfin au bordure du village, je prends le premier bus urbain qui va à Emei. Et là je fais du stop jusqu'à Chengdu. J'arrive à 21h à la station de métro du sud de la ville. Je remonte toute la ligne de métro avant de prendre un des derniers bus (il s'arrète à 22h) et arriver à presque 23h chez M zhu, épuisé mais content, un peu fier de moi.

Les trois derniers jours que je passe à Chengdu me permette de rattraper mon retard dans mon carnet de voyage, d'écrire les deux premiers articles sur la Chine pour vous, de faire recoller les semelles de mes chaussures, de faire réparer le trou dans mon sac à dos (à se sujet, je ne suis pas content du tout, tant pis) et d'assister au concours de chansons françaises.
DSCN5581Si cette fois, les groupes chantent les chansons en entiers, c'est moins bon à mon goût. Il y a beaucoup de traduction de chansons anglaises ou chinoises et c'est beaucoup moins diversifié (nous n'avons droit qu'à de la pop). Il me semble que le répertoire de la chanson française (québécoise et belge aussi bien sûr) est suffisament large pour se passer de traduction. Et permettez moi de dire que les textes de la pop (surtout anglosaxonne) sont rarement bons.
Mais je n'ose évidement pas dire ça quand ils me font l'honneur de m'inviter à m'exprimer sur ce concours. Je trouve l'initiative tellement super et la participation tellement enthousiaste que je ne peux que tous les féliciter. Je les invite à contacter l'Alliance française et l'ambassade pour la prochaine édition.
Oceane 15J'ai oublié avant de partir de donner des liens pour écouter de la chanson française. Avec un VPN pour franchir le grand firewall, il y a bien sûr youtube, sinon, il y a deezer et spotify (mais peut être faut il aussi un vpn), ou encore jiwa.fr, grooveshark.com et pour de la musique libre de droit, il y a Dogmazic.net , Sellaband , Jukebo , SoundCloud , Jango.

Au revoir les pandas, les singes, bouddha et les épices, YoGo part pour le Tibet!

Suivez les liens pour plus de photos de Chengdu, de Lezhan et Emei Shan.