Trois jours!

Trois jours, c'est le temps dont je dispose pour arriver à Shanghai. Facile me direz vous, même pas 500 km par jour.

Oui mais, j'ai envie de m'offrir une petite escapade dans la nature, j'ai envie de grimper le Mont Tai. Il m'a été vivement conseillé pour son environnement exceptionnel. C'est aussi une montagne pleine d'histoire puisque tous les empereurs de Chine l'ont gravi. La plus vénérée des cinq montagnes sacrées de la Chine (du nord :-), offre parait il un lever de soleil magnifique. Selon une légende Confucianiste (le mont Tai est au coeur du pays de Confucius), si on grimpe jusqu'au sommet du Tai Shan, on s'assure de vivre jusqu'à 100 ans.

DSCN4413Trois jours moins un demi puisque j'ai passé la dernière matiné à Pékin pour finir le deuxième article sur la Mongolie. Ce n'est donc qu'à 15h que je commence le stop sur l'autoroute du sud est à la sortie de Beijing. Tout de suite je suis pris en stop par deux amis hans qui m'emmènent pour quelques kms. Ils ne me laissent pas comme ça, ils s'assurent que j'ai un deuxième véhicule. Ce fut un camion... lent. Puis, lui aussi n'allant pas bien loin, je le troc contre une nouvelle voiture. Pas de chance aujourd'hui, elle me déposera à seulement 140 km de Pékin à 19h, quand la nuit tombe. N'arrivant pas à me résoudre à une si petite distance, j'insiste, mais rien à faire, le stop de nuit sur l'autoroute, c'est trop dangereux et puis ça ne marche pas. Bracelet réfléchissant, signal lumineux avec ma lampe... rien.
Je me résigne donc à sortir de l'autoroute pour aller dormir et je me fais la promesse de ne plus remettre ce couvert là.
DSCN4417Un trou dans le grillage, des fermes au loin, j'avance confiant, prêt à montrer mon doc magique. Sauf que je suis en Chine... et le doc magique, ils ne veulent même pas le lire. Ils me renvoient d'où je viens sans se soucier de ma nuit... Ce sera donc une nuit à la belle, forcée. Le ciel est gris comme tous les jours depuis que je suis arrivé à Beijing (sauf pendant le trek de la grande muraille) mais comme tous les jours, heureusement, il ne pleut pas.
Réveil très tôt, je suis de nouveau en poste pour tendre le pouce, là où je clignotais la veille au soir, à 7h du mat. Ce matin, j'ai beaucoup plus de chance, en 2 voitures, je rattrape mon retard (400km). Me voila devant la gare de Tai'an, à midi, après avoir déposé mon gros sac en consigne, prêt pour l'ascension du mont Tai.

DSCN4439Un bus me dépose à l'une des deux entrées. Au vu de l'amménagement, ce doit être l'entrée principale. Je peux donc suivre n'importe quel chemin entre cette route principale et la route de l'ouest.
Ainsi, dès que je peux quitter la route, je prends un sentier. Il monte à travers bois, vers l'ouest. Un peu trop vers l'ouest à mon goût mais bon, je suis loin de la route maintenant, et à flanc de montagne, dans la forêt, je ne peux pas voir vers où je me dirige.
Quand j'arrive à un sommet, surprise, le chemin s'arrète et ce sommet est loin d'être "Le sommet". D'ailleurs, je n'ai mis qu'une heure trente pour y parvenir alors qu'il y a normalement deux paliers de trois heures de marche avant "Le sommet". En regardant le terrain, je réalise qu'en fait j'ai du démarrer de l'entrée de l'ouest et non de l'entrée principale... Il fallait donc suivre des chemins partant vers l'est. Il est 14h30 et je dois arriver au sommet à 19h au plus tard, avant la nuit. Je dégringole le sentier que je venais de suivre pour retrouver la route que je ne quitte plus.
DSCN4466Enfin seulement jusqu'au premier sentier qui part vers l'est. Faut pas croire, hein, marcher sur la route avec les bus qui vous frolent c'est vraiment pas mon truc. Je préfère ne jamais arriver au sommet et me faire plaisir dans les sentiers. Cette fois, je suis juste, j'arrive à la plateforme où les bus s'arrètent à 17h. Les touristes doivent maintenant ou se donner la peinde de monter les marches ou prendre un téléphérique. En bon voyageur, j'opte pour les marches, évidemment.

DSCN4500Je ne sais pas si il y en a plus de 6000, mais des marches, il y en a beaucoup, c'est sûr. Et avec la dégringolade de tout à l'heure, mon genoux fait des siennes. Il me lance. Pour m'épargner de la douleur, je monte deux marches avec la jambe gauche et une demi avec la droite.
Les escaliers sont parfois assez abruptes et je me demande bien comment ces malheureux porteurs font. Ils transportent sur leurs épaules des sacs de riz, six pastèques, deux bouteilles de gaz ou encore deux télés... je croyais que l'esclavagisme était aboli en Chine!!!???

DSCN4472J'étais tranquille, j'étais pénard dans mes sentiers. Ici, il ne fait pas foule mais c'est tout comme. Ca parle fort, ça écoute la musique sur un poste radio.
Adieu les chants d'oiseaux, adieu le vent dans les branches, adieu le silence et mes pensées.
Alors je marche. J'escalade les marches et je serre les dents pour pouvoir répondre au sourire du gosse qui me montre du doigt. Il demande quelque chose à son papa, ils rient. Mon genou me fait de plus en plus mal, je sais que la descente demain sera terrible mais je ne peux faire demi tour, pas maintenant, pas quand je vois le sommet. Enfin le voila, je le sais, je le sens, c'est le col, plus qu'une dernière volée et je suis en haut. Presque tout en haut :-) mais d'abord se reposer, enfiler mes habits chaud car il vente ici, et appliquer du froid sur mon genoux. J'entre dans le plus chic des hôtels. J'explique qui je suis et mon problème à l'aide du doc magique et du langage des mains. On m'offre une serviette humide pour calmer l'inflamation, merci!
Il est 19h, je cherche un endroit où dormir et manger. Pour moi, l'étranger, il n'y a pas de place dans ces chambres vides où le lit n'est qu'à 20 CNY, c'est l'hôtel à 180 CNY ou rien. J'avais prévu le coup et pris mon duvet, ce sera donc une deuxième nuit à la belle. Sauf que je n'aurai pas droit au répis, les Hans arrivent en groupe toute la nuit, avec ou sans musique, en parlant plus ou moins fort (ils ne savent pas chuchoter) et en m'éclairant la gueule toujours trop longtemps pour vérifier que je ne dors pas. Quel manque de considération...

DSCN4484La météo n'est pas clémente non plus, il fait froid, il vente et les nuages filent sans jamais interrompre leur file. Pas de lune, pas d'étoile et bien sûr, pas de lever de soleil. Je redescend un peu amer.
Je n'ai pas vraiment le temps de ruminer car je dois vite me concentrer et faire attention à la descente. Au moindre choc mon genoux hurle. Bizarrement, il se calme quand j'arrive à la plateforme de bus. La douleur s'atténue petit à petit pendant toute la descente des sentiers jusqu'à complètement disparaitre en arrivant en bas. Quel plaisir de retrouver les sentiers, la forêt le bruit du silence naturel et la solitude et de pouvoir remarcher sans douleur.

DSCN4512A 11h, j'ai récupéré mon sac et je suis prêt pour l'autostop. Mission du jour, 800 km et me faire enregistrer dans un hôtel pour pouvoir demain aller faire ma demande de prolongation de visa. La deuxième voiture de la journée me dépose à un péage. Je déteste ça, c'est la pire des situations pour le stop. Trop de voies, les gens sont concentrés sur autre chose et il peut y avoir la police.
Biiip, police, elle est là, un policier controle des camioneurs. Biiiip, il m'a vu, il m'appelle. Je m'explique, comme je peux et dès qu'il a le dos tourné, je m'eclipse dans un camion qui a bien voulu me prendre. Biiip, il arrète le camion et me fait descendre. Oups, ça sent pas très bon ça, il veut mon passeport. Il m'emmène au poste de l'autre côté des voies. Il réveille un jeune qui parle bien l'anglais et son capitaine.
Problème : "qu'est-ce qu'on fait de cet urluberlu?".
DSCN4521Le jeune est admiratif de mon projet et de ma manière de voyager. Il me pose plein de questions. Lui, il sort tout juste de l'école de la police du trafique.
En fait, ça sent plutôt bon puisqu'ils veulent m'aider. Je dois rester dans la voiture avec le jeune. On bavarde pendant que les autres intérogent les conducteurs. Bingo, 30 minute plus tard, un bus me prend.
Qui a déjà été pris en stop par un car de grande ligne, couchette, écran perso, eau chaude/froide, toilette? Et bien moi, pendant 370 kms, je me sui fait bercé par le roul(i)ement d'un car :-) La cerise, les chauffeurs m'ont invité à manger.


DSCN4522Quand ils me déposent à un péage (il pense bien faire puisque c'est là qu'il m'ont pris), il me reste 300 km, il est 19h, la nuit est déjà là. J'abandonne un instant l'idée de rejoindre Shanghai ce soir et décide de dormir au poste de police que j'ai rejoint de moi même (cette fois), quand le frère d'un des policiers m'emmène au bon péage.
Là pas le choix, les gens vont vers Shanghai me dit-il. Dans la voiture, nous avons commencé une grande conversation sur le voyage, la Chine, ses obligations... Pour continuer la conversation, je lui demandais si je pouvais dormir chez eux. Non, Il n'y a pas assez de place, et puis, c'est chez ses parents.
Je suis pris tout de suite, et si ce n'est que pour 100 km seulement, au moins, j'ai retrouvé l'axe Beijing-Shanghai que j'avais perdu en allant à Tai Shan. J'enchaine avec une deuxième voiture pour 140 km et enfin, une dernière qui me dépose au péage de l'entrée de la ville, ils vont à l'aéroport pas au centre ville.
Je demande mon chemin à un policier. Il m'emmène pour quelques km. Il me dit (je comprends ça en tout cas) : "là où tu veux aller, c'est tout droit, 10km! "
Il est 1h du mat, plus de bus ni de métro bien sûr. Je sais que je suis au nord ouest et que je dois aller au centre sud est de la ville... sans carte, sans personne dans les rues et avec la pluie qui arrive... Heureusement quelque commerce restant ouvert, les caissier(e)s m'aident à trouver mon chemin. J'arrive à l'hôtel à 4h du mat! Je réveille la réceptioniste qui m'accueille très gentiment et me propose une chambe pour 50Y. Le sommeil fut profond jusqu'à 10h!

DSCN4533Enregistré à l'hotel, je me rends au bureau des migrations avec mon papier rose pour demander un prolongement de visa d'un mois. Je serai ainsi de nouveau libre de découvrir la Chine jusqu'au 8 novembre. Mais avant ça, je profite d'un petit déjeuner avec Schady, un jordanien professeur de langues (anglais, arabe...) qui a une vie passionnante à raconter. Il m'invite chez lui lorsque j'arriverai en Jordanie. La Jordanie, que ça me semble loin pour l'instant.
La demoiselle du bureau des migrations est charmante, elle est très intéressée par mon projet et souhaite m'aider, elle doit parler de moi sur son réseau social. Cependant la procédure prendra une semaine dans tout les cas, même pour moi :-). Je peux donc récupérer mon passeport samedi prochain, dernier jour avant la semaine de vacance national, ouf! Je vais l'avoir mon lotus bleu, mon ticket pour la liberté, je peux avoir l'esprit plus tranquille. Maintenant, j'ai donc une semaine à tuer ici, une semaine pour visiter Shanghai.

DSCN4534J'ai rendez-vous avec Zhenyun Tang, qui m'a contacté par CS et s'offre justement de me faire visiter la ville. Je reste avec elle tout le w.e car, son père étant absent, il y a une petite place chez elle. J'ai ainsi le privilège de vivre une soirée et une matinée en famille chinoise et de manger des plats maisons. Merci Maman Tang, c'était délicieux! Zhenyun m'emmène dans plusieurs quartier de la ville, Xintiandi (quartier touristique avec des bâtiments traditionnels), Lujiazui (idem) et the Bund (quai de fleuve bordé de batiment colonial d'un côté et de bâtiment très modernes de l'autre, plein de lumière).
Zhenyun est étudiante en médecine dans une université fondée par des Français. Elle étudie donc le français et le parle déjà bien. Elle ira étudier en France en 2016.
Du coup, je lui demande si elle peut m'aider à obtenir de l'artémisinine, médicament extrait de l'Armoise Anuelle, utilisée en Chine depuis plus de 2 000 ans pour soulager les fièvres et lutter contre le paludisme. Il est malheureusement interdit par l'OMS qui elle ne l'a pas "encore" testé (y voir l'action des lobbys pharmaceutiques qui n'ont pas de brevet dessus :-), c'est donc le reste de la Terre qui en est privé. Zhenyun fut super et me trouva où me procurer ce médicament, au Shanghai International Travel Healthcare Center.

DSCN4565Dimanche après-midi, nous rejoignons 12, c'est son surnom, qui nous invite à voir un opéra shanghaïen, le plus originel de tous (j'ai oublié le nom exact). 12 est une amie de Philippe et Danni, vous vous souvenez, le couple franco chinois qui m'a hébergé à Beijing.
Cet opéra fut une expérience intéressante, mélange de chant lyrique (comme l'opéra chez nous), de jeux de regard, de sketch, de théâtre dans un décor toujours sobre avec peu de monde sur scène (1 ou 2 en général, 4 fut le maximum). Evidemment, je n'ai rien compris. En fait seule Zhenyun comprenait tout car, étant de Shanghai, elle parle le shanghaïen.
Elle doit rentrer travailler. Je passe donc la soirée avec 12 et ses amis dont Rakesh, un Indien, qui m'a invité chez lui à Bangalor. On mange dans un bon resto de fruits de mer, ça faisait longtemps. C'était très bon, j'adore tout ce qui vient de la mer.
12 s'est proposé de m'héberger quelques jours sur Shanghai. Sauf que comme elle n'a pas de place chez elle, elle m'a réservé un lit dans une auberge de jeunesse. La chose marrante c'est que c'est celle dans laquelle je suis allé la première nuit.

DSCN4613Les jours suivants, je m'occupe du dernier article de la Mongolie, cherche des cartes postales et me rend à la poste international de Shanghai. Tous les soirs, je retrouve 12 pour aller manger entre amis. Parfois, ses amis chinois ne parlant pas l'anglais, je déguste en silence.
Le mercredi, je me rends au SITHC. Je rencontre un médecin qui comprend ma situation et mes intentions et m'aide beaucoup. En effet, si je peux avoir plusieurs boites, je les donnerai aux dispensaires que je croiserai sur mon chemin en Afrique. J'apprends qu'à cet étage, pour moi, la boite coûte 150 CNY, à l'étage du dessous, pour un chinois, c'est 10 CNY. Merci beaucoup.
Je reviens donc le lendemain avec 12. Malheureusement, elle n'avait pas sa carte d'identité, raté. Heureusement, il est aussi possible d'en acheter au "custom" dans le centre ville. En fin d'après-midi, j'ai donc 9 boites de ce précieux médicament que je range au fond de mon sac.
Promis, je ne l'utiliserai pas! Je ferai tout pour éviter le Palu, et en cas de fièvre, direction l'hôpital. Cependant, si je devais faire une crise loin de toute infrastructure, mieux vaut l'avoir sur soi.

DSCN4582Le dernier jour, je visite le Shanghai Museum et le Shanghai Urban Planification Museum. Entre les peintures, les céramiques, les statues, la jade, les vêtements, la caligraphie et puis les plans d'urbanisme de la ville, je me suis bien remplie la tête. C'était marrant de voir comment la ville à traversé la fin du 19° et le 20° siècle.  Pour le futur, il parle beaucoup d'environnement, et tout est peint en vert... Espérons que ce ne soit pas du vent.!

Samedi 29 septembre, je récupère mon passeport et le précieux sésame (150 CNY) et me mets en route pour Xiahe, un monastère tibétain au nord ouest de Xi'an où je devrais rencontrer un ami.

 

Petite anecdote, je me trouve à l'extrème EST de mon périple. Plus à l'EST, de l'autre côté du Pacifique, se trouve le Méxique, mon dernier pays prévu, mais moi, j'irai jusqu'à lui par l'OUEST.

 

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